Béni-le-Rouge

Béni-le-Rouge

Carnet GPS d’un petit vélo pliant au pays du Soleil Levant

01 Mar 2022

Rizières de bas-fonds — 谷津田

Cette kotobalade pédalée la semaine dernière commence à la gare Monoi (物井駅) de JR et se termine à la gare Sakura (佐倉駅) de JR. C’est un parcours d’environ 70 km, principalement à travers les yatsuda (谷津田 rizières de bas-fonds) de cette partie de la préfecture de Chiba, avec comme points d’intérêt facultatifs le musée d’art DIC Kawamura, le parc naturel Izumi et le parc de la Forêt Shōwa. Ce sont trois points d’intérêt où l’on peut descendre de vélo pour se dégourdir les fesses et se taper une petite promenade (l’accès au musée lui-même est payant, mais pas celui au sentier de promenade).

Le fichier gpx de ce trajet est disponible sur cette page du site geopottering. Le départ et l’arrivée peuvent se faire à la gare Sakura de JR ou à celle du même nom sur la ligne Keisei (京成佐倉駅).

Ce matin-là, le train de JR avait une demi-heure de retard en raison d’un accident quelconque sur la ligne Narita (成田線), alors au lieu de continuer vers le nord-est jusqu’à la gare de Sakura (cercle du haut sur la carte ci-dessous), Béni-le-rouge et moi sommes descendus à la gare Monoi (物井駅, cercle du bas), pour laquelle nous avions préparé un plan B (sous forme de fichier gpx modifié avec le logiciel GpsPrune), plan d’urgence qui permettait de couper la partie du trajet qui descend de la gare de Sakura à la rivière Kashimagawa (鹿島川), et de sauver ainsi le temps perdu à cause du retard du train.

Pour une fois, nous étions bien préparés, avec tout ce qu’il fallait pour réparer Béni en cas de pépin, avec un lunch préparé la veille, et, comble d’étonnement, nous avons pris la bonne sortie à la gare (sortie est) ! Le GPS était rechargé, le téléphone aussi, et j’avais pris soin d’enfiler plusieurs couches minces de vêtements pour pouvoir faire l’oignon en chemin (la météo annonçait un réchauffement considérable au cours de la journée).

  • Béni, je pense que c’est la première fois que je prévois tout à l’avance et ne fais aucune gaffe jusqu’à la gare de départ.

  • En effet, tout à l’air parfait. Par contre tu n’as pas tout à fait le même look que d’habitude…

  • Ah bon ?

  • Ça y est, j’ai trouvé ! T’as oublié tes lunettes de soleil…

Argh… En été, cet oubli aurait été dramatique, parce que rouler dans les rizières de bas-fonds (谷津田), c’est rouler dans des terres basses et humides où il y a forcément des tas de moucherons qui meurent d’envie de vous envahir par tous les orifices.

  • Ça me rappelle, Béni, quand j’étais petit, je devais avoir 5 ou 6 ans… Je roulais à vélo et tout-à-coup, bang ! une libellule qui croisait mon chemin entre en collision avec le creux de mon oreille droite, puis se met à battre des ailes pour sortir de là. Ça n’a duré qu’un bref instant, mais ça faisait un vacarme fou. Pendant quelques années, j’ai eu la trouille chaque fois que j’apercevais une libellule.

  • Désolé de t’interrompre dans tes propos nostalgiques, mais nous traversons un petit bout de ruralité plutôt agréable à l’œil, sinon à l’oreille…

Puis nous sommes arrivés dans notre plat de résistance : les rizières de bas-fonds, but principal de cette sortie. Un étroit chemin asphalté y longeait en zigzaguant les rizières endormies et bordées des petits plateaux qui les irriguent par écoulement naturel. Pour ceux que ça intéresse, il y a une explication avec illustrations, ici (en japonais).

La qualité du revêtement a de quoi surprendre le cycliste, la première fois, sur ces chemins si peu fréquentés par les voitures (nous n’avons rien croisé d’autre qu’un tracteur ce jour-là dans les bas-fonds). Cet étonnement dure jusqu’à ce que le cycliste tombe sur une explication sous la forme d’une de ces petites affiches plantées ici et là, et qui indiquent 若葉ルート, qu’on pourrait traduire (et on va le faire) par Route du jeune feuillage. Bref, nous ne roulions pas sur une simple route rurale, il y avait de l’aménagement touristique dans l’air. Ne manquaient que les touristes, plutôt discrets en cette saison.

Entre deux rizières (田んぼ) de bas-fonds, le trajet traversait également des champs (畑) où les paysans préparaient la prochaine saison agricole.

Les fichiers gpx permettent au cycliste de ne pas se perdre dans les méandres des hameaux qu’il traverse, mais il doit toujours garder à l’esprit que les tracés sont toujours approximatifs, qu’il faut souvent bien observer les environs pour ne pas pénétrer sur un terrain privé et s’attirer la colère d’un chien, ou pour ne pas rater un point de bifurcation. C’est ce que nous avons fait ci-dessous, nous retrouvant soudainement sur une route surélevée qui, de toute évidence, surplombait notre petit chemin des bas-fonds… et prenait une direction différente vers la gauche.

Il a donc fallu revenir sur nos pas pour trouver le bon embranchement sur le GPS et laisser derrière nous cette affreuse structure (du point de vue du cycliste des bas-fonds) qui aurait pu nous mener très loin…

De retour dans les bas-fonds, donc, nous sommes passés devant l’atelier d’un artiste de la tronçonneuse. Une chaîne interdisait malheureusement l’accès, mais nous avons pris quelques photos en bordure du chemin, en attendant de pouvoir aller voir les autres sculptures tout au fond, une prochaine fois.

À mi-chemin du parcours se trouve la Forêt de Shōwa (昭和の森), un grand parc idéal pour casser la croûte. Ce que nous avons fait en contemplant les arbres, contemplation qui s’est poursuivie le ventre plein sur la piste cyclable interne…

À partir de ce parc, le parcours repart vers d’où il était venu, donc vers le nord, en direction des deux gares Sakura, en empruntant toutefois un trajet différent.

Près du parc, Béni-le-rouge a signalé sur notre gauche la présence du resto où les membres de Geo Pottering se sont arrêtés en 2018 pour casser la croûte avant d’aller au parc, puisqu’ils roulaient en sens inverse (nous avons fait la boucle en sens horaire, eux l’avaient faite en sens antihoraire).

Nous avons donc poursuivi vers la deuxième moitié du parcours en bouche, en appréciant les routes peu fréquentées par les voitures dès qu’on s’éloigne un peu de la ville.

Juste à côté du temple Honkyūji, la route traçait une courbe devant une maison de campagne typique, avec son toit massif. C’est dans des passages comme celui-ci que le banlieusard regrette parfois d’avoir choisi la banlieue. Mais d’un autre côté, la banlieue donne accès au train, qui lui donne accès à des milliers de paysages comme celui-là…

Petite parenthèse de Béni-le-rouge : Habiter à Tokyo, en raison du développement incomparable du réseau ferroviaire, donne un accès rapide à une véritable myriade de gares qui s’étendent en forme d’éventail depuis les grandes gares de la capitale. J’en profite donc pour partager ce lien vers une carte de Geo Pottering où figurent toutes leurs balades à vélo, sur l’ensemble de l’archipel. Il suffit de cliquer sur un des trajets pour afficher la photo, puis de cliquer sur la photo pour accéder au billet du blog qui donne tous les détails nécessaires pour partir soi-même à l’aventure.


Le tracteur rencontré dans les bas-fonds. Nous nous sommes poussés sur le bord du chemin pour le laisser passer et l’avons salué avec notre plus beau sourire… Il nous a rendu notre salut froidement, faut croire qu’il avait autre chose à faire que sourire aux banlieusards et aux vélos. Béni-le-rouge, qui parle aux objets inanimés, m’a expliqué par la suite que nous étions tombés au beau milieu d’une dispute entre le conducteur et son tracteur, dixit ce dernier.


Ici, une pancarte mettait en garde contre la tortue serpentine (カミツキガメ), qui fait souvent parler d’elle à la télé… Détestée de tous, cette indésirable bête importée n’en prolifère pas moins dans la campagne japonaise et prend un malin plaisir à mordre les mains qui s’approchent trop (d’où son nom de tortue qui mord en japonais).

Ce qu’aucune affiche n’indiquait par contre, ce sont, plus loin, ces traîtres caniveaux dans lesquels le cycliste peut se blesser au hasard d’une courbe s’il se laisse trop distraire par le paysage environnant. Celui-ci est bouché par les herbes et les feuilles mortes, et donc moins profond, mais l’effet sera le même pour le pauvre cycliste en cas de chute…



Prochain billet : un village traditionnel et un onsen (温泉) dans le coin de Narita, si les vents sont favorables…



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