Béni-le-Rouge

Béni-le-Rouge

Carnet GPS d’un petit vélo pliant au pays du Soleil Levant

20 Mar 2022

Yamato no yu — 大和の湯

En ce dimanche matin du 20 mars 2022, je roulais le long du fleuve Tone et m’extasiais intérieurement à la vue des ramifications printanières, à la hauteur de la ville de Toride, quand Béni-le-rouge me fit remarquer que, pour quelqu’un qui ne connaît pas la langue japonaise, mes billets pouvaient être trompeurs.

  • Comment ça, trompeurs ?
  • Ben oui… Prends, par exemple, ton billet d’hier sur les fleurs de colza. Tu laisses croire aux lecteurs que tamari (溜まり) signifie flaque, simplement parce qu’il y a « tamari » dans « mizutamari », et en plus tu leur fais croire qu’il y a des « flaques de soleil » en japonais.
  • Ah ben oui, je joue simplement un peu sur les mots, en faisant confiance au jugement du lecteur et en espérant qu’il a des rudiments de langue japonaise. Sautiller d’une langue à l’autre, comme ça, permet de faire des petits bonds poétiques…
  • Poétiques ?
  • Bon, OK, peut-être pas poétiques, disons ludiques. Après tout, nous sommes sur un petit blog léger et souriant, ici… Quoi qu’il en soit, ça permet de jouer sur le sens et ça occupe l’esprit, parce que pédaler pour pédaler, entre nous deux, avec des vêtements moulants et en se battant contre la montre, c’est pas tout à fait le but de nos sorties…
  • Tu devrais quand même prévenir les lecteurs que tu ne recadres pas que les photos sur ton blog.
  • Ben voilà, c’est dit : ce blog recadre parfois les photos, et parfois les mots.

Ce matin-là, le vent soufflait, et soufflait même pas mal fort, du nord-ouest. Il fallait donc partir vers l’est, le long du fleuve Tonegawa. Ce qu’il y a de moche, quand on roule sur la piste dans cette direction-là, c’est qu’il n’y a rien, ou presque rien. Toutes les habitations et agglomérations se trouvent loin de la piste, alors le cycliste regarde soit le fleuve, soit les herbes, soit les deux. Et parfois un pont, comme celui-ci : le pont Nagatoyobashi (長豊橋).

Nous venions de le traverser et nous nous trouvions à l’endroit où notre parcours quittait enfin la piste en direction de Narita, en coupant à travers les paysages ruraux. Mais comme le parcours prévu était très court, à peine 56 km, nous avons décidé de le rallonger un peu en continuant un peu vers l’est, histoire d’aller casser la croûte dans un parc.

Ça nous a menés au petit marché Shimofusa, où les agriculteurs du coin vendent leurs produits frais directement aux consommateurs. Nous y avons acheté de quoi combler notre petit creux à l’estomac, puis sommes allés dans le parc, juste derrière, pour consommer.

Le marché Shimofusa, vu de face. Derrière, il y a un grand parc.

La thématique de ce parc en était une tirée de la mythologie, celle des sept divinités du bonheur, venues sur leur navire aux trésors (takarabune 宝船).

Un plan, gravé dans la pierre, indiquait l’emplacement des temples locaux dédiés à chacune de ces divinités, de la gare Namegawa de JR, du fleuve Tonegawa et du parc lui-même (親水公園). Un peu moins pratique que le GPS pour s’orienter, mais pas mal plus joli.

Une fois repus, nous sommes repartis en sens contraire pour retourner vers le pont, mais le vent soufflait tellement fort dans les voiles imaginaires de notre takarabune à la recherche de trésors paysagers qu’il a fallu quitter la piste et s’aventurer en eaux rurales, si j’ose dire. Ce qui s’avéra une excellente décision, puisque notre parcours manquait cruellement d’attraits et de kilomètres ce jour-là.

Ici et là, en bordure de la route, de petites pancartes clouées à des poteaux et ancrées dans des croyances indiquaient la direction et la distance des temples locaux consacrés aux divinités du bonheur.

Un bonheur qui, pour nous deux, surgit chaque fois d’un peu n’importe où. Et qui prit la forme, quelques kilomètres plus au sud, de sculptures envahissant littéralement la cour d’un résident de Narita. (Comme son nom complet s’affichait en clair devant sa demeure, j’ai rapetissé la photo pour ne pas trop empiéter sur sa vie privée.)

Zoom sur la photo précédente, avec, tout en bas à droite, un regard effrayé qui se pose discrètement sur un regard courroucé.

Après nous être bien rincé l’œil, nous avons poursuivi vers le sud, et avons dû marcher-rouler côte à côte pour traverser un sentier trop herbeux pour Béni-le-rouge (comme ses roues n’ont qu’un diamètre de 14 pouces, la poulie du dérailleur arrière frôle le sol… Béni redoute donc les racines et pierres cachées sous ce genre de surface).

Sain et sauf, Béni-le-rouge se remet de ses émotions devant le kofun Iwaya, qui remonte au milieu du septième siècle.

Au 21e siècle, on peut pointer la caméra du téléphone sur le code QR pour de plus amples informations… Ce que, bien sûr, personne ne fait.

Nous sommes ensuite arrivés au parc Sakatagaike (坂田ヶ池総合公園), que nous avions prévu de traverser pour atteindre notre destination finale, mais, surprise, une affiche interdisait l’accès aux vélos. Il a donc fallu marcher-rouler encore une fois côte à côte. Au milieu du parc, le sentier traversait un étang, puis…

…euh, oui, bon, le GPS nous indiquait de prendre cette sortie qui semblait ne mener nulle part. Légère hésitation… confusion…

Il faut dire que nous préparons nos sorties sur un écran d’ordinateur de 32 pouces, mais qu’une fois dehors, tout se passe sur le minuscule écran du GPS, qui tient dans le creux de la main. Donc, pour la qualité de l’image, il y a mieux…

Mais en zoomant, je peux vous montrer ce que nous apercevions, tout au fond, entre les branches.

Je sais, ce n’est toujours pas clair pour vous, mais pour moi, qui étais passé dans le coin à quelques reprises, il y a bien dix ou quinze ans, ce bout de bâtiment évoquait quelque chose, en l’occurrence, notre destination.

Le Yamato no yu, un onsen situé à environ 1 km de la gare Shimōsa-Manzaki de JR (下総松崎駅). Quelle joie, en sortant des broussailles, que de se retrouver ainsi, éblouis par le soleil et par cet établissement thermal.

J’ai aussitôt mis Béni-le-rouge dans son sac, suis entré pour demander si je pouvais le laisser derrière le comptoir de la réception pour éviter de l’exposer au vol dans la cour, et on m’a aimablement répondu que oui. La suite s’imagine fort aisément en cliquant sur ce lien

Le retour à la maison s’est fait en train, la gare se trouvant tout près.



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