Béni-le-Rouge

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Carnet GPS d’un petit vélo pliant au pays du Soleil Levant

15 Jan 2023

Sur les traces de Geo Pottering ­(7)

Les Cent vues d’Edo de Hiroshige à vélo : estampe 4

(Balade du 26 décembre 2019)

Dans cet autre tronçon du Tour de l’arrondissement de Kita, nous reprenons la route avec les cyclistes de Geo Pottering pour nous rendre sur les lieux d’une quatrième estampe des Cent vues d’Edo du peintre Hiroshige, en passant par le pont Otonashi pour aller fureter du côté du parc Otonashi-shinsui.


Liens : Compte rendu en japonais / Fichier gpx en français / Google Map / Garmin Connect / Ride With GPS / Vidéo


Longueur du parcours : 38 km

Niveau de difficulté : Facile (terrain plat)

■ Gare Tabata, sortie sud

(… billet précédent)

▸ Parc Otonashi-shinsui et pont Otonashi : 12 km

▸ (… billet suivant)

■ Gare Tabata, sortie nord


🚴 Maintenant que toute notre vigueur capillaire a été revitalisée par une visite éclair au sanctuaire Seki (関神社), nous repartons, le vent dans les cheveux, en route vers la quatrième des estampes. Pour cela, nous prenons la direction du parc Otonashi-shinsui (音無親水公園). Ce nom lui vient en partie de l’ancienne appellation de la rivière Shakujii (石神井川), que l’on appelait la rivière Otonashi (音無川, littéralement la rivière « sans son » ou « sans bruit »). Le parc dont il est question ici a été aménagé là où elle passait autrefois, avant que son cours ne soit modifié. La rivière s’en est allée, donc, mais une partie de son nom est restée dans le parc…

L’autre partie de ce nom, « shinsui » (親水), attribue une dimension hydrophile au parc, car les caractères chinois 親 et 水 renvoient explicitement à l’idée d’affinité avec l’eau (de la rivière qui passait autrefois). Cette affinité hydrique s’impose d’ailleurs d’elle-même à l’œil du cycliste qui passe par là, car la topographie du parc est clairement celle d’un cours d’eau.

Quant au joli pont Otonashi (音無橋), il surplombe plus ou moins silencieusement, depuis le début de sa construction en 1929, le parc hydrophile et partiellement hyponyme de la rivière disparue.

Tout cela nous amène à parler enfin de la quatrième estampe, celle intitulée 王子音無川堰埭世俗大滝ト唱, soit « Barrage sur la rivière Otonashi à Ōji » dans la traduction un peu courte proposée sur Wikipédia, sans doute par souci de concision. Il y manque la grande cascade (大滝) et son caractère séculier (世俗). Je ne suis qu’un simple vélo, hein, mais personnellement, je dirais la grande cascade séculière du barrage de la rivière Otonashi à Ōji. Je sais, ça fait un peu long…

Barrage sur la rivière Otonashi à Ōji  (1857, Printemps, planche 19 sur Wikipédia)

Nous sommes au printemps, d’où la présence, une fois de plus, des cerisiers en fleurs. La rivière est teinte en deux nuances de bleu, pour suggérer la profondeur des eaux au beau milieu du lit, tandis que les courageux baigneurs (l’eau est plutôt froide au printemps…), près du bord, n’ont que les jambes immergées.

Sur le site de Geo Pottering, l’auteur se demande pourquoi donc les gens se baignaient là avant ce que, aujourd’hui, nous appellerions la « saison balnéaire ».

春だというのに大滝に打たれる人や川の中に人の姿が見えます。ちょっと変ですね。(Sider)
On aperçoit des gens sous la grande cascade et dans la rivière, alors que c’est pourtant le printemps. Un peu bizarre, n’est-ce pas ?

Il a trouvé une piste de réponse plausible dans le tome 4 des recueils d’illustrations publiés de 1850 à 1867 sous le titre 絵本江戸土産, Souvenirs d’Edo en images. Les tomes 1 à 7 sont de la main de Hiroshige I, et les suivants de celle de Hiroshige II. Or, parmi les Cent vues d’Edo que nous découvrons ici à bicyclette, un grand nombre sont inspirées d’illustrations existantes dans d’autres recueils de lieux célèbres. Comme celle-ci. ↓

Cette illustration est intitulée 音無川の堰世俗大滝と唱, ce qui donne cette fois-ci la grande cascade séculière du barrage de la rivière Otonashi. Vous pouvez l’afficher en plus gros si vous voulez, en cliquant ici et en faisant défiler les images du recueil pour la trouver.

Or, ce premier jet correspond en fait à une scène (vue) d’été. D’où, peut-être, la présence un peu étrange des petits bonhommes courageux dans la rivière au printemps sur la nouvelle illustration. Mais ce n’est que supposition, précise Sider sur Geo Pottering…

しかし超忙しかった広重は人物をそのままにしてしまったのです。これは想像ですけどね。(Sider)
Mais Hiroshige, qui était extrêmement occupé, a laissé les personnages tels quels. Enfin, j’imagine…

Derrière la cascade, à gauche, on aperçoit le toit du temple de Kirin-ji (金輪寺), et, sous le très gros arbre qui surplombe la rivière, ce qui semble être un pavillon de thé. N’allez pas chercher votre loupe, j’en ai une  🔎.

Je viens d’écrire « pavillon de thé », mais vous savez, entre nous, juste entre nous, il vaudrait peut-être mieux, avec Augustin Berque, parler plutôt de « cabane à thé ». Vous voulez savoir pourquoi ? Allez lire ce très bel article de Berque, intitulé Marcher au Japon.

Entretemps, je vais préparer le terrain pour la suite de notre balade, en essayant parfois de donner quelques petits coups de plumeau sur les poussières sémantiques qui recouvrent le tracé.