Béni-le-Rouge

Béni-le-Rouge

Carnet GPS d’un petit vélo pliant au pays du Soleil Levant

12 Jan 2023

Sur les traces de Geo Pottering ­(4)

Les Cent vues d’Edo de Hiroshige à vélo : estampe 1

(Balade du 28 décembre 2019)

De 2019 à 2021, dans le contexte de la pandémie de COVID-19 et des restrictions imposées aux déplacements entre les préfectures, le club Geo Pottering a beaucoup roulé dans Tōkyō. Le 28 décembre 2019 a commencé une série de balades dans les arrondissements administratifs de la métropole, à la recherche des lieux d’où furent autrefois réalisées les « Cent vues d’Edo », célèbres estampes du peintre Utagawa Hiroshige (1797-1858).

Ces balades à travers les lieux représentés sur ces fameuses estampes d’ukiyo-e sont racontées en détail sur Geo Pottering, en 16 épisodes dont chacun présente quelques-unes des estampes, agencées selon l’ordre dans lequel les cyclistes ont franchi lesdits lieux à vélo.

Sur le blog de Béni-le-Rouge (vous y êtes !), nous allons résumer ces 16 ballades en les découpant en petits épisodes d’une estampe à la fois, car en plus des estampes, ces tracés GPS pour cyclistes passent par de nombreux points d’intérêt de Tōkyō.

Notre premier épisode commence dans l’arrondissement de Kita (北区), où le trajet GPS forme une boucle de 38 km qui commence à la sortie sud de la gare Tabata (田端駅) de JR, et s’y termine à la sortie nord. Sur geopottering.com, cette boucle porte le nom de « Tour de l’arrondissement de Kita » (ツール・ド・北区). L’emplacement des estampes et des points d’intérêt est indiqué dans le fichier gpx traduit en français.


Tracé et points d’intérêt du Tour de l’arrondissement de Kita


Liens : Compte rendu en japonais / Fichier gpx en français / Google Map / Garmin Connect / Ride With GPS / Vidéo


Longueur du parcours : 38 km

Niveau de difficulté : Facile (terrain plat)

Trajet jusqu’à la première estampe

■ Gare Tabata, sortie sud

▸ Gare Tabata

▸ Parc Tabatadai : 0,3 km

▸ Tabata Ginza : 1,5 km

▸ Passage à niveau : 2,5 km

▸ Jardins de Kyū-Furukawa : 3,5 km

▸ Gare Nishigahara-yonchome : 5,5 km

▸ Gare Itabashi : 7,5 km

▸ Taki-no-gawa yonchōme : 8,5 km

(… billet suivant)

■ Gare Tabata, sortie nord


Les Cent vues d’Edo

Sur cette estampe apparaissent les Cent vues d’Edo, classées par saisons : celles du printemps dans les deux encadrés du haut, celles de l’été dans l’éventail, celles de l’automne dans l’encadré inférieur droit, et finalement celles de l’hiver dans l’encadré inférieur gauche.

🚴 C’est donc par l’arrondissement Kita de Tōkyō, à la sortie sud de la gare Tabata de JR, que commence cette expédition à travers l’œuvre du grand peintre Utagawa Hiroshige intitulée les Cent vues d’Edo… qui, en fait, comprend 119 estampes d’Ukiyoe, dont une par son gendre et élève, Hiroshige II. Elles ont été peintes de 1856 à 1858.

Tout est tranquille, ce matin-là, à la sortie sud. Le trajet y commence en pente descendante, avec vue sur la ligne Yamanote (山手線) et la ligne du Shinkansen (新幹線). Tout près, les randonneurs passent devant une boutique pour collectionneurs d’articles ferroviaires, dans laquelle vous voudrez peut-être aller jeter un coup d’œil pour rapporter un souvenir de votre ballade.

C’est par la rencontre avec une toile d’une autre série d’estampes de Hiroshige, intitulée « Vues célèbres de la capitale de l’Est » (東都名所), que commence l’itinéraire. Nous sommes dans le parc Tabatadai (田端台公園), à la limite sud de l’arrondissement Kita.

道灌山虫聞之図 Dōkan-yama chūmon-no-zu
Sous les directives du photographe, les cyclistes se substituent aux personnages de l’estampe. Autrefois, sur ce plateau d’où on apercevait le mont Fuji et le mont Tsukuba, les gens allaient contempler la lune (月見) en écoutant le chant des insectes, d’où la présence des caractères de l’insecte (虫) et de l’écoute (聞) dans le titre japonais de cette estampe.

Comme l’explique le compte rendu japonais de cette balade, il n’était pas rare qu’Hiroshige emprunte « ses vues » à d’autres peintres, comme c’est le cas pour celle-ci, de Hasegawa Settan (1778-1843), tirée du guide illustré Edo meisho zue.

🚴 Le trajet se poursuit en pente descendante vers le sud-ouest, en passant notamment par un chemin sinueux, la rue Yatagawa (谷田川通り), appelée familièrement « rue du serpent » ou « rue serpentante » (へび道) par les Tokyoïtes. Ses courbes rappellent celles d’une rivière, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que nous roulons en fait sur une rivière dont le lit a été recouvert par l’asphalte, ou, si l’on veut, corseté par un conduit souterrain. Plus loin, le parcours traverse la rue commerçante de Tabata Ginza (田端銀座). Le groupe espérait pouvoir y jeter un coup d’œil rapide sur les commerces à l’atmosphère rétro, mais ceux-ci n’étaient pas encore ouverts à cette heure précoce de la journée.

Saviez-vous que, dans l’arrondissement de Kita, il ne reste plus qu’un seul passage à niveau ? D’où l’irrésistible envie, pour nos cyclistes, d’aller le traverser…

L’étape suivante du tracé est celle de l’impressionnant bâtiment occidental et des jolis jardins de Kyū-Furukawa.

🚴 L’itinéraire se poursuit vers l’ouest, via un étroit chemin qui trace la limite administrative de l’arrondissement de Kita, adjacent à ceux de Bunkyo (文京区) et Toshima (豊島区), puis longe la voie ferrée de la ligne Toden Arakawa (都電荒川線) sur une mince allée (ou ruelle si vous préférez).

Tramway de la ligne Toden Arakawa

🚲 En passant par la gare Itabashi (板橋駅), le trajet continue le long des limites administratives de l’arrondissement jusqu’à la rivière Shakujii (石神井川), à la hauteur du pont Kannon (観音橋). À droite sur la photo, derrière le premier arbre, en faisant un petit effort, on peut apercevoir la statue de la Kannon, en gris pâle.

De là, une jolie promenade (遊歩道) mène enfin à la première de nos Cent vues d’Edo !

On dit qu’autrefois de nombreuses cascades se jetaient dans cette rivière Shakujii, cascades dont les plus célèbres, à l’époque Edo, étaient appelées communément les sept cascades d’Ōji (王子七滝). Hiroshige en a immortalisé deux dans ses estampes. La première est intitulée 王子瀧乃川, titre traduit par « La rivière Takino-gawa à Ōji » sur Wikipédia (estampe 88).

Ōji Taki-no-gawa, avril 1856 ↓

Ōji Taki-no-gawa, version décembre 2019 ! ↓

L’auteur du blog de Geo Pottering explique qu’il ne s’agirait pas ici du nom de la rivière, mais plutôt du lieu :

瀧乃川 (Taki-no-gawa) = ancien nom du lieu ;

滝野川 (Taki-no-gawa) = nom actuel du lieu, mais aussi une des anciennes appellations de la rivière… Shakujii, le long de laquelle nous venons de rouler sur la promenade.

Usé par le passage du temps, le brun rougeâtre des feuilles d’érable de cette estampe semble un peu terne. À l’origine, ce « rouge argile » (赤土), obtenu à partir de plomb et d’oxyde de fer, était sûrement plus éclatant.

Outre la cascade à l’extrême droite, on peut voir une pergola et des baigneurs, puis un torii (鳥居) à l’entrée d’une grotte dédiée à la déesse des eaux, Benzaiten (弁財天), du sanctuaire Matsubashi-Benten. Derrière la colline et ses pins (松), en haut à droite, on peut distinguer les toits du temple Kongo-ji (金剛寺). Au loin, derrière le pont Matsubashi (松橋), un chemin mène à des maisons de thé (茶店).

La scène a donc été peinte de la rive gauche, en contemplant l’aval de la rivière.

Dans ses « Vues célèbres de la capitale de l’Est » (東都名所), Hiroshige l’a peinte sous le même nom, mais sous un angle différent.

Si vous passez par là, profitez-en pour descendre dans la dépression où se trouvait autrefois la grotte !


Prochain épisode :  « Tōkyō : Les Cent vues d’Edo de Hiroshige, estampe 2 »


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